Namur, aujourd'hui, demain

Namur. Aujourd'hui. Demain.

Priorités, identité, modernité : éléments d’une vision de ville.

Comme de nombreuses villes, Namur n’échappe pas aux "grands projets".
Nouveau centre commercial, nouveau palais des congrès, nouveau palais des expositions, nouvelle gare des bus, nouveau téléphérique… Il ne manque plus qu’un parc d’attractions sur la citadelle !

Le 21ème siècle serait-il celui de la bétonneuse ?

Une chose est sûre : les promoteurs, grands entrepreneurs et autres bureaux d’études sabrent le champagne, devant tant de bonnes affaires, de chantiers lucratifs. Via des « partenariats public-privé », ils font et défont les villes au gré des tendances du marché – et aussi, disons-le, des lubies de certains élus… La population, elle, se pose des questions : de telles dépenses sont-elles raisonnables ? ces projets sont-ils tous nécessaires, indispensables ?

Oui, la population se pose des questions, mais elle n’a pas réellement voix au chapitre : que ce soit sur les projets, ou sur l’utilisation de l’argent public, celui de la collectivité, pour la collectivité. Pourtant, elle ne manque ni d’idées, ni de sagesse… populaire. Petit bilan sur Namur aujourd'hui, et idées pour demain.

 

C’est moi qui ai le plus grand…

Il suffit de lire l’introduction de la déclaration de politique générale de la majorité namuroise, le chapitre « vision », pour comprendre ce qui dicte bon nombre de ses décisions. Il ne s’agit pas de penser et promouvoir une vision différente du monde, de la société. Il s’agit de coller parfaitement au modèle dominant, de s’adapter, sans la moindre remise en question.

On peut ainsi lire ladite déclaration : "Il existe une véritable concurrence entre villes pour attirer les activités économiques et nous devons donc faire de la publicité pour attirer l’attention. Quels sont en effet les grands facteurs d’attractivité des territoires, selon le bureau français Ineum Consulting ?"

La vision politique de la majorité namuroise est celle d’un cabinet international de conseil en management, qui considère les villes comme des marchandises qui doivent se vendre. C’est la compétition au lieu de la coopération. C’est la concurrence égoïste au lieu de la complémentarité solidaire. C’est cela qui amène toutes les grandes villes à vouloir leur pyramide, leur tour Eiffel, leur gare Calatrava, leur centre commercial…

Et si possible en plus grand et en mieux que le voisin, sinon les touristes, qui sont des parts de marché, risquent d’aller dépenser leurs sous ailleurs ! Dans ses conséquences, cette vision qui implique un développement anarchique, absurde, du territoire, est aussi particulièrement uniformisatrice. L’originalité n’a sa place que dans la forme des constructions désirées et imposées – et encore… Dans le fond, comme la vision des élus au pouvoir est la même partout, comme le manuel qu’ils suivent est le même, tout tend à se ressembler. Vision unique,pensée unique.

 

Le grand ravalement de façade

Chaque ville veut attirer un maximum de touristes et d’investisseurs. Il est clairement dit dans la déclaration de politique générale namuroise qu’il faut « faire de la publicité pour attirer l’attention. » Pour cela il faut un grand ravalement de façade : raser, démolir, récurer, bétonner, rénover…

La ville doit se vendre. Faire parler d’elle. Voilà pourquoi il faut beaucoup de « grands projets. » Voilà pourquoi il faut expulser la misère des rues. Voilà pourquoi il faut brader l’espace public. Voilà aussi pourquoi, depuis quelques temps, l’art, comme faire-valoir, fait son retour sur les places. Tout cela fait partie des « recommandations » des cabinets internationaux de conseil en management.

C’est ce qu’on appelle du marketing urbain.

 

Citoyens, merci de la boucler !

Et la population, là-dedans ? Les élus au pouvoir se veulent aussi rassurants que convaincants : les « grands projets » profiteront à tout le monde, du nanti de l’avenue de la Vecquée à celui qui est laissé à la rue. Un téléphérique, c’est semble-t-il beaucoup mieux, plus important, plus profitable que du logement public.

Un centre commercial pour multinationales, c’est semble-t-il beaucoup mieux, plus original, plus utile et attirant qu’une halle publique, un beau marché couvert, pour les producteurs et artisans locaux. Un palais des expositions encore plus grand, c’est semble-t-il beaucoup mieux, plus important, plus indispensable que le remplacement du personnel communal partant à la pension, le financement du secteur associatif, ou encore l’entretien des voiries.

Si certaines personnes émettent des critiques sur tel ou tel projet, c’est qu’elles n’ont pas compris, qu’il faut « faire de la pédagogie », mieux leur expliquer les choses. Elles sont stupides, quoi !... et les élus au pouvoir ont toujours raison. Dans l’idéal des partis traditionnels, la population ne doit surtout pas s’occuper d’affaires qui la concernent pourtant directement.

Et si, comme à Namur aujourd’hui, l’idée vient à des citoyens de s’organiser en collectif pour avoir leur mot à dire sur un projet, pour promouvoir une vision différente de la ville et de la société, tout est fait pour les décourager, les museler, les écraser.

Citoyens, merci de la boucler !

 

Une ville des gens d’abord, par et pour les citoyens

Cela nous amène naturellement au fonctionnement de la démocratie locale, et à la place à laisser aux citoyens. Pour certains, la démocratie, représentative, doit se limiter à remplir une ou plusieurs cases avec un crayon rouge les jours d’élections. Entre ceux-ci, la population peut dormir, les élus au pouvoir s’occupent de tout pour elle.

Pour nous, la démocratie, participative, demande d’impliquer au maximum la population dans les décisions budgétaires et le choix des projets. C’est simple : il faut commencer par lui demander quelles sont ses priorités, mais aussi ses idées, ses envies… ? Il faut se soucier de la population en dehors des campagnes électorales, en finir avec le marketing politique. Des enquêtes, des débats publics, des consultations populaires, doivent avoir lieu régulièrement, et sans fausser la donne comme l’a fait l’actuelle majorité namuroise avec le processus de consultation populaire.

Il faut stimuler la création de comités de quartier, encourager la participation de tous à la vie de la cité, pour penser et construire la ville de demain avec un maximum de monde.

 

Namur, ville morte… (ce qu’on entend)

On entend parfois dire de Namur qu’elle est une ville morte. Ou, plus poétique, une belle endormie… qu’il faudrait réveiller ! Il n’y a pas si longtemps, au sein de l’actuelle majorité, il était question de faire du piétonnier namurois un « carré » à la liégeoise. Idée qui n’est sans doute pas encore rangée dans un tiroir. Les « grands projets » sont eux présentés comme des moyens de rendre Namur plus « attractive » pour les touristes et les investisseurs.

Posons-nous quelques questions : premièrement, ces projets répondent-ils aux besoins des Namurois, mais aussi à l’identité et au cadre de vie namurois ? deuxièmement, si on se réfère à l’argument ou à la vision de la majorité, Namur sera-t-elle plus attirante en copiant ce qui se fait ailleurs, quitte à la dénaturer, ou en innovant, en jouant la carte de l’originalité ? Chaque ville, en effet, a son histoire, son visage, son rythme, son caractère…

Faut-il dès lors identifier, valoriser, renforcer les qualités de chaque ville, ou faut-il copier ses voisins, vouloir ce qu’ils ont dans leur jardin sans voir ce qu’on a dans le sien ? On entend souvent dire de Namur que c’est une ville à taille humaine, une ville à la campagne, un gros village. Oui, et cela fait partie de son charme, de son attrait. Les projets et innovations de demain doivent prendre cet aspect en compte. Ils doivent aussi faire l’objet de consultations populaires.

Le Namurois n’est pas opposé au moindre changement, comme on l’entend parfois : simplement il n’accepte pas tout et surtout n’importe quoi au nom du « rayonnement international » ou d’une quelconque lubie. Donc non, Namur n’est pas une ville morte, mais une ville bien vivante, où il se passe toujours quelque chose. Et si Namur, dont le symbole est le célèbre lumçon, était une ville lente ?

 

…ou ville lente ? (ce qu’on ressent)

Il y a Namur telle qu’on la ressent, telle qu’on l’imagine, telle qu’on la souhaiterait. Mais il y a aussi Namur telle qu’on doit la penser sur base des grands enjeux de ce début de 21èmesiècle. Il y a l’enjeu de la justice sociale et du bien vivre pour tous, mais aussi l’enjeu environnemental.

En effet, pour vivre, nous dépendons d’un écosystème, et de plus en plus de données montrent que le système économique dominant, le capitalisme, abime cet écosystème : réchauffement climatique, pillage des ressources naturelles, extinction d’espèces, pollution de l’air, de la mer, de la terre…

Nous sommes à croisement : à droite, il y a le mur, à gauche, la suite de l’aventure. Il est plus que temps de lever le pied, aussi bien pour nous que pour notre environnement, de penser différemment le développement des villes, de rompre avec le modèle dominant dont l’emblème pourrait être… un centre commercial.

Pourquoi cette parenthèse ? Parce que si nous acceptons que Namur est une ville lente, alors elle semble toute faite pour s’inscrire dans le courant international des « villes lentes » ou« cittaslow », qui prend en compte l’enjeu environnemental dans le développement urbain, et dont le symbole est un… escargot ! Il n’y a pas de hasard…

En plus de réfléchir et aménager la ville sur base du respect de l’environnement, de l’écosystème, le « bien vivre » des habitants est central. Tout est fait pour créer des espaces agréables, propices aux rencontres, à la convivialité, à la solidarité. Cela demande de permettre et d’encourager la participation populaire, au lieu de la craindre et la museler comme à Namur actuellement.

Cela demande d’imposer ses conditions, qui sont celles de la majorité de la population, aux promoteurs immobiliers, et pas d’accepter leurs projets « clé sur porte. » Le patrimoine et les traditions sont également valorisés, de même que les producteurs et artisans locaux : alimentation saine, circuits-courts… Les villes qui aujourd’hui sont pionnières font partie d’un réseau comme celui-là, ou comme celui des villes en transition.

C’est pourquoi, depuis le début, nous défendons la préservation et l’embellissement du parc Léopold au lieu du béton et des vitrines. C’est pourquoi nous imaginons une halle publique, un marché semi-couvert, comme dans de nombreuses villes de France. On pourrait y trouver des producteurs et artisans locaux, ou encore des boutiques style « récup », comme la Ravik Boutik. Avec, pourquoi pas, un kiosque et des fontaines, ou…

Au minimum, y réfléchir avec les gens. Pour citer Rob Hopkins, initiateur du mouvement des villes en transition, de passage à Namur : « Nous demandons aux gens qu'ils déterminent le futur de leurs espaces. Les promoteurs viennent avec des plans tout faits, mais nous on part d’une page blanche en disant : vous pouvez en faire ce que vous voulez. »

Demain, Namur peut devenir un modèle et un laboratoire, une ville pionnière. Ou une contrefaçon sans intérêt.

Le choix nous appartient.

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