Louisiane 2018

24 avril 2018

Des élus namurois dans les eaux troubles du bayou.

Les Ă©lus namurois paraissent inconditionnels de la chanson « Voyage, voyage Â» de Desireless. Avec une destination revenant frĂ©quemment : la Louisiane, connue pour son bayou, des Ă©tendues d’eau formĂ©es par les anciens bras et mĂ©andres du Mississippi. Des Ă©tendues d’eau pas toujours des plus transparentes, comme les dĂ©penses et l’agenda des mandataires participant Ă  ces voyages.
Le dernier et récent voyage d’une délégation namuroise – mais pas que – à la Nouvelle-Orléans est l’occasion de faire un bilan de ces séjours en Louisiane. Et surtout, de continuer de soulever les questions qu’ils posent sur leur utilité et la gestion stricte des dépenses publiques.

Un accord d’entente entre villes… signé plusieurs fois.

La charte de jumelage de Namur avec la ville louisianaise de Lafayette a été signée en 1979. Dès 1983, les premières délégations namuroises s’y rendent. En retour, des élus de Lafayette sont aussi accueillis à Namur (1).

En 1996, les statuts de l’ASBL Namur-Lafayette sont constitués. Elle est toujours présidée par Frédéric Laloux (PS), devenu directeur de l’ASBL Namur-Europe-Wallonie (NEW) lorsqu’il a quitté les bancs du conseil communal, en octobre 2013. NEW, fonctionnant avec de l’argent public, a déjà assuré des frais dans le cadre de ces voyages (2).

Depuis 2011, l’accord d’entente entre Namur et Lafayette, pourtant dĂ©jĂ  signĂ©, a encore Ă©tĂ© signĂ© par plusieurs Ă©lus namurois. Si en 2011, le bourgmestre Jacques Étienne (cdH) l’a paraphĂ© dans le cadre de la visite d’une dĂ©lĂ©gation de Lafayette Ă  Namur, en 2013 le bourgmestre Maxime PrĂ©vot (cdH) s’est envolĂ© pour la Louisiane avec son Ă©quipe : StĂ©phanie Scailquin (cdH), Bernard Guillitte (MR), Anne De Gand (Ecolo), Eliane Tillieux (PS) et – Ă©videmment – FrĂ©dĂ©ric Laloux. L’objectif ? Comme dit, signer – une fois de plus ! – un accord d’entente entre les villes (3). Et aussi l’occasion pour cette dĂ©lĂ©gation multicolore d’aller faire un petit tour au Festival International de Louisiane, et pour Maxime PrĂ©vot de monter sur la scène… Certes, ils avaient Ă©tĂ© invitĂ©s, mais comme l’assurait FrĂ©dĂ©ric Laloux Ă  son retour : « On s’est promenĂ© dans le festival en costume cravate, ce qui montre bien qu’on ne s’y est pas rendu pour s’amuser. Â» (4)

Si un accord de jumelage entre Namur et une autre ville dans le cadre du dĂ©veloppement de projets communs n’est en rien critiquable, nous pouvons nous demander pourquoi Maxime PrĂ©vot a voulu se rendre Ă  son tour en Louisiane avec autant d’élus pour signer ce qui l’était dĂ©jĂ  ? Sur la participation de chaque parti au sĂ©jour, c’est simple, ça Ă©vite que l’opposition, alors socialiste, pose des questions. Quel a exactement Ă©tĂ© leur agenda sur place, mystère… Quant aux frais de dĂ©placement, 6.000 euros, ils ont Ă©tĂ© Ă  la charge de NEW. C’était Ă  l’époque un dĂ©but de rĂ©ponse. Mais concernant le dernier voyage Ă  la Nouvelle-OrlĂ©ans, lĂ  aussi, mystère…

Louisiane 2018 : le saxophone, le « NIMSAT Â» et les eaux troubles du bayou.

En avril 2018, beaucoup d’élus wallons se sont rendus à la Nouvelle-Orléans, la plus grande ville de Louisiane. Au niveau de la délégation namuroise, il y avait Maxime Prévot (cdH), Bernard Guillitte (MR), Gwenaëlle Grovonius (PS), ainsi que le président du CPAS de Namur, Philippe Noël (Ecolo). Le gouverneur provincial, Denis Mathen (MR), y était également.

Tout a dĂ©butĂ© par la remise d’un saxophone aux autoritĂ©s locales, pour les 300 ans de la ville. Pas l’instrument en tant que tel, non, mais une Ĺ“uvre pareille Ă  celles qu’on peut voir sur le pont Charles de Gaulle Ă  Dinant. Cela fait, les diffĂ©rentes dĂ©lĂ©gations sont allĂ©es de leur cĂ´tĂ©. C’est ainsi que les Ă©lus namurois ont assistĂ© Ă  une prĂ©sentation du programme de gestion des crises en Louisiane. C’est le « National Incident Management Systems and Advanced Technologies Â» ou « NIMSAT Â». Nous pouvons traduire par les « Systèmes de Gestion d’Incidents Nationaux et les Technologies AvancĂ©es Â». Derrière cette appellation alambiquĂ©e, il s’agit surtout d’impliquer le secteur privĂ© dans la gestion des catastrophes… ce qui intervient justement Ă  l’heure oĂą la protection civile belge, publique, voit son budget rĂ©duit par le gouvernement fĂ©dĂ©ral. Un simple hasard ?

C’est lĂ  que nous pĂ©nĂ©trons dans les eaux troubles du bayou… La gestion de crise, c’est l’une des responsabilitĂ©s d’un gouverneur provincial, Ă  l’exemple de Denis Mathen. Ce dernier avait dĂ©jĂ  eu une prĂ©sentation du programme « NIMSAT Â» en 2016. Rebelote en 2018, soit. Si cela fait partie de ses compĂ©tences, et si cela peut Ă©galement avoir un rapport avec la fonction de bourgmestre, ce n’est pas le cas pour une conseillère communale de l’opposition, GwenaĂ«lle Grovonius (PS), pour un Échevin de l’Environnement et des Espaces verts, Bernard Guillitte (MR) ou pour un prĂ©sident de CPAS, Philippe NoĂ«l (Ecolo).

Ă€ l’inverse du voyage de 2013, dans ce cas rĂ©cent, il y a encore moins de rĂ©ponses sur l’intĂ©rĂŞt de ce sĂ©jour pour ces mandataires et sur la prise en charge des frais. Plus prĂ©cisĂ©ment : il n’y a aucune rĂ©ponse. Qui a financĂ© quoi ? Qui a fait quoi, sur place, dans le cadre de sa fonction politique ? Dans quel intĂ©rĂŞt concret ? … C’est « Voyage, voyage Â» et puis « Silence, silence Â», zĂ©ro pour la transparence. Avec l’espĂ©rance que le temps enfouisse les questions dans la vase d’un bayou perdu au fond de la Louisiane… OpĂ©ration « oubliettes Â».

« Il ne s’agit pas de vacances Â» ou le modèle suĂ©dois ?

La justification de nos Ă©lus-voyageurs est souvent la mĂŞme : « Il ne s’agit pas de vacances » (5). Alors, si ce ne sont pas des vacances, pourquoi le silence ? Pourquoi ne pas publier son emploi du temps durant le voyage, avec les motifs des rencontres et leurs liens avec la fonction politique occupĂ©e ? Le prĂ©sident du CPAS serait-il un expert mĂ©connu en matière de gestion de passage d’ouragan, comme Katrina, qui dĂ©vasta la Louisiane en 2005 ? Pourquoi donc ne rien dire des frais, sur qui les prend en charge ?… Silence, silence.

Avec les multiples scandales comme PubliFin ou le Samu Social de Bruxelles, tous les tĂ©nors du PS, du cdH, du MR et d’Ecolo ne jurent que par la « bonne gouvernance Â». Le PTB, lui, est pour gouverner dans l’intĂ©rĂŞt de la population, avec un contrĂ´le strict des dĂ©penses publiques des Ă©lus, autrement dit une transparence totale. Nous faisons de la politique pour servir, pas pour nous servir. Et cela doit passer par des mesures concrètes, que le pouvoir actuel met beaucoup, beaucoup de temps Ă  prendre. Parce qu’avec le temps, tout s’oublie…

En Suède, la transparence est la règle (6). Il serait inimaginable qu’une situation comme celle de ce voyage en Louisiane passe pour les Ă©lus concernĂ©s comme une lettre Ă  la poste. En Suède, les citoyens, et donc la presse, peuvent savoir ce que gagne et dĂ©pense chaque Ă©lu, sur simple demande auprès de l’Office des impĂ´ts. Frais de rĂ©ception ou de dĂ©placement, communications tĂ©lĂ©phoniques… Tout est minutieusement rĂ©glementĂ© et vĂ©rifiĂ©. Ce qui est possible en Suède ne le serait pas en Belgique ? Ces politiciens ont dĂ©cidĂ©ment beaucoup de mal Ă  prendre des mesures qui concernent leurs (Ă©ventuels) privilèges…

 


  1. http://www.namur-lafayette.net

  2. SudInfo.be (25 avril 2013). Â« 6.000€ pour des "vacances" aux États-Unis : nos Ă©lus namurois s’offrent la Louisiane avec l’argent du contribuable. Â»

  3. SudInfo.be (27 avril 2013). « Que font nos sic Ă©lus namurois en Louisiane ? Ils s’éclatent Ă  un festival de musique. Â»

  4. SudInfo.be (30 avril 2013). « Laloux est de retour de son voyage en Louisiane : "Nous avons Ă©tĂ© pris de court." Â»

  5. Idem réf. 3

  6. http://www.lefigaro.fr/international/2013/04/09/01003-20130409ARTFIG00284-normal-comme-un-ministre-suedois.php