Raoul Hedebouw interviewé par Le Soir

"La crise est réelle, elle n’est pas jouée. Il y a un vrai blocage. C’est une fin de régime. Je crois qu’on est au bout du rouleau et ce n’est pas spécifique à la Belgique. Les partis traditionnels sont épuisés. Le patron du Voka veut imposer son plan, à savoir, comme la N-VA, scinder les soins de santé et l’emploi, c’est-à-dire faire un hold-up sur les résultats du 26 mai. Les gens n’ont pas voté pour la scission du pays. Ce n’était pas un thème de campagne. Contrairement à la pension à 1.500 euros, le climat ou encore la rupture entre citoyens et politiques."

"Et, oui, on peut dégonfler le Vlaams Belang. Un parti qui vote en faveur de l’indemnité de sortie de ses parlementaires. Quand il s’agit de pognon, ils sont les premiers à la caisse. On doit briser cette image de faux rebelles en les affrontant, ils sont copains comme cochons avec les tenants de l’économie dominante."

"Il y a eu un schisme entre les partis et la population. Il faut redynamiser la démocratie, comme le dit la constitutionnaliste Anne-Emmanuelle Bourgaux dans vos colonnes ( Le Soir d’hier), et ça ne passera pas par un débat sur l’institutionnel dont tout le monde se fout. La population est coupée du monde politique à cause de l’opacité dans la prise de décisions. A cause aussi des salaires trop élevés. On va me dire que c’est populiste. Je réponds que c’est populaire."

"Pensez à la pension à 1.500 euros, on vient de passer le cap des 130.000 signatures pour une initiative citoyenne, elle a été déposée au Parlement. On voit que tout le monde la soutient sauf que, quand on gratte, on voit qu’on nous vend du Canada Dry.
- « Canada Dry » ?
Paul Magnette dit qu’il est d’accord, mais pour 2024. Avec l’inflation, ça ne fait plus que 1.320 euros de pouvoir d’achat. D’autres disent oui, mais avec un deuxième pilier, donc avec la privatisation en partie. Certains parlent même de brut et pas du net. La note Magnette, toujours : on n’y retrouve pas la taxe sur les grandes fortunes, alors que 80 % des Belges sont pour. Il faut mettre ça sur la table, avec le retour de la pension à 65 ans."

"Quand je lis l’interview de la coprésidente d’Ecolo, Rajae Maouane, disant qu’elle en a marre d’entendre parler des contradictions riches-pauvres… Oui, il y a une gauche et une droite. Oui, il y a des riches et des pauvres. En 20 ans, on est passé d’un à vingt-neuf milliardaires en Belgique, dont sept en Wallonie. Le 26 mai, les gens ont voté aussi pour aller chercher un impôt sur la fortune. Et on ne remet pas en cause le tax shift, rien."

"- Jean-Marc Nollet (Ecolo), lui, parle d’un possible projet « ambitieux », d’une « utopie » lorsqu’il évoque la présumée future coalition sans la N-VA…
Oui, ce sera l’utopie des libéraux. On va continuer la même chose qu’avant. Le climat ? Il est temps que toutes les villes de Belgique se tendent la main pour créer une intercommunale de production d’énergie verte. Ça, oui, c’est être ambitieux, c’est autre chose que les plans carbone imposés par l’Europe dont le but est de faire payer les gens. Nous devons sortir du cadre néolibéral."

"M. Di Rupo a eu une sorte de monopole politique à gauche pendant 30 ans, et maintenant il doit s’habituer au fait qu’il y a des centaines de délégués syndicaux qui, dans leur combat quotidien pour les pensions, pour les blouses blanches, rencontrent les militants PTB sur le terrain. Nous, nous envoyons des militants syndicaux dans les parlements. Roberto D’Amico, ex-délégué Caterpillar, par exemple. C’est une fierté de classe. Est-ce normal d’avoir quatre ouvriers au Parlement fédéral alors qu’ils représentent 30 % de la population en Belgique ? On s’est habitué à des choses aberrantes."
#gaucheauthentique

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